?>

Actualité à la Hune

TRANSAT AG2R LA MONDIALE

Juste pour le plaisir

Ils se sont rencontrés sur le circuit Mini il y a quelques années. Navigant ensemble sur les épreuves en double, ils ont décidé il y a peu d’acheter un Figaro Bénéteau 2. Mathieu Claveau, 29 ans, ingénieur calcul de structure pour les hélicoptères et Pierre Loulier, 57 ans, vétérinaire, viennent d’achever leur transat en avant-dernière position. Si leur préparation n’avait pas été optimale, les deux amateurs ont beaucoup appris pendant leurs 21 jours de traversée. Et malgré des problèmes techniques et des erreurs d’appréciation de route, ils sont allés au bout de leur pari aventureux, souvent en prenant du plaisir.
  • Publié le : 16/05/2018 - 00:01

Mathieu Claveau et Pierre LoulierMathieu Claveau (à gauche) et Pierre Loulier ont réalisé leur rêve : participer en amateurs éclairés à la Transat AG2R La Mondiale aux côtés de skippers de renom.Photo @ Alexis Courcoux/Transat AG2R La Mondiale
Voilesetvoiliers.com : Comment est née votre rencontre et pourquoi vous retrouvez-vous sur cette transat ?
Pierre Loulier :
J’ai toujours fait du bateau. Enfant, j’habitais dans la Drôme mais je passais mes vacances en Méditerranée. Et puis, j’ai entendu parler d’une course qui était en train de voir le jour. C’était la Mini-Transat, créée par Bob Salmon. À l’époque, j’étais persuadé que je la ferai un jour. Cela m’a quand même pris quarante ans avant de me lancer. Et c’est là que j’ai rencontré Mathieu, quelque temps plus tard, et nous nous sommes trouvés des affinités pour naviguer ensemble. Il y a peu, comme la décote est importante en ce moment car le bateau arrive en fin de cycle, nous avons acheté un Figaro Bénéteau 2 au prix de vente de notre Dingo 2.

Mathieu Claveau : Moi, j’ai découvert la mer quand mes parents ont acheté un bateau en 1998. On descendait de Lozère en Méditerranée mais c’était souvent compliqué à cause du mistral. Ensuite, suivant mes études à Montpellier, j’ai pratiqué la régate en Surprise et j’ai pris le virus de la course au large en participant à la Marseille-Alger en Mini. Mais comme Pierre, je suis un autodidacte. Cela veut dire que l’on met plus de temps pour apprendre. Pierre a donc fait la transat 6.50 de 2005 et moi celle de 2011. Un souvenir particulier car j’ai coulé à l’entrée du pot au noir. J’étais sur un vieux bateau en bois, le 405, avec lequel j’avais déjà eu des problèmes auparavant. Une casse d’un hauban et de deux safrans. J’en avais un de rechange et j’avais ainsi pu rejoindre le Cap-Vert pour réparer. Alors que le bateau commençait à sombrer, j’ai été sauvé par un des bateaux accompagnateurs. Un cargo m’avait surveillé pendant des heures.
Pendant nos navigations en 6.50, après mon expérience malheureuse, on avait parlé de faire une transat en double ensemble. L’AG2R ne nous était pas accessible il y a deux ans. À l’époque, un Figaro était à 80 000 euros. Là, nous avons signé la pré-inscription en décembre dernier et on ne pouvait plus reculer.

Voilesetvoiliers.com : Comment se passe la découverte de ce bateau ?
M. C. :
En fait, notre préparation du bateau a été limitée. En plus, je ne sais pas si on a le droit de le dire, mais nous n’avions navigué ensemble que cinq jours. Il y avait tout à découvrir. Heureusement, au Centre d’entraînement de Méditerranée, on nous a appris les trucs de base. Pierre par exemple a découvert les ballasts sur le prologue !

P. L. : Malgré tout, on avait confiance en nous en tant que marins. En plus, on s’entend très bien. Personnellement, la mer ne me fait pas peur et je savais qu’en cas de démâtage, on pouvait s’en sortir. On sait aussi que le bateau est solide.

Les Frigos solidairesAprès 21 jours, 9 heures, 3 minutes et 20 secondes, Les Frigos solidaires achèvent en 15e et avant-dernière position la 14e édition de la Transat AG2R La Mondiale. L’écart avec les premiers a été de 2 jours, 21 minutes et 14 minutes.Photo @ Alexis Courcoux/Transat AG2R La Mondiale
Voilesetvoiliers.com : Vos premiers contacts avec les autres concurrents ?
M. C. :
En tant que purs amateurs, on ne leur faisait pas peur. Il y avait des anciens de la Mini et avec eux, c’est agréable. Pour les figaristes, nous n’étions pas dans la concurrence. Toutes ces personnes talentueuses sont plus accessibles. Ils sont plus enclins à nous aider. Par exemple, Adrien Hardy (Agir Recouvrement) qui nous a donné un sac à spi et Gildas Mahé (Breizh Cola) des conseils de réglage un soir jusqu’à minuit.

Voilesetvoiliers.com : Comment s’est passé le début de course ?
P. L. :
Notre traversée du golfe de Gascogne ne fut pas terrible. Ensuite, je pense que nous n’avons pas bien lu les conseils de notre routeur. On avait compris que le salut viendrait de l’Est pour le passage du cap Finisterre. Et on s’est retrouvé piégés par une zone de basse pression relative. Cela a fait parler de nous ! Nous avons aussi eu rapidement un problème de drisse de spi. C’est la trompette qui l’usait dans le vent fort. On a été obligé de refaire la gaine plusieurs fois. Cela nous faisait perdre une heure toutes les dix heures.

M. C. : Après ce problème de trompette résolu, la mâchoire du tangon s’est ouverte. On est parti au tas. Là on s’est dit qu’il fallait peut-être calmer le jeu. Surtout que l’on avait appris qu’il y avait eu deux démâtages auparavant. Pour être honnêtes, naviguer dans 40 nœuds de vent, on ne sait pas le faire comme les pros qui sont sur le circuit depuis une dizaine d’années.
P. L. : Puis il y a eu un dilemme. Soit aller à fond au risque de terminer l’aventure prématurément, soit préserver notre rêve de terminer. Il faut dire que nous avons pas mal investi de notre argent personnel en tant qu’amateurs. Je suis vétérinaire à Besançon et j’ai beaucoup bossé pour pouvoir me libérer cinq semaines.

ChèqueAlors que Mathieu Claveau et Pierre Loulier étaient présentés au public après leur arrivée à Gustavia, un généreux donateur a tenu à leur remettre un chèque de solidarité.Photo @ Alexis Courcoux/Transat AG2R La Mondiale
Voilesetvoiliers.com : Et par la suite ?
M. C. :
Comme on avait 200 milles de retard au passage de la marque de parcours obligatoire aux Canaries avant la traversée et comme on suivait la course à distance, on a pris la route des futurs vainqueurs. On sentait qu’il y avait de la sérénité dans leur choix.


Voilesetvoiliers.com : Cette traversée se déroule comment ? Vous semblez en pleine forme…
P. L. :
C’est vrai que l’on semble en forme mais il faut dire que les trois derniers jours ont été dans un alizé d’une quinzaine de nœuds, donc praticables. Nous n’avions pas non plus la pression de la régate. Je pense qu’on n’avait pas la même tête à la fin de la première semaine. En général, je ne m’ennuie jamais en mer. Je viens y chercher le côté mystique. En gardant l’esprit contemplatif. Une nuit, je me suis même demandé pourquoi je quittais tout et dépensais autant d’argent pour traverser l’Atlantique !

M. C. : C’est vrai que l’on n’était pas tranquilles quand on avait 30 nœuds et plus de vent, mais là, à 15 nœuds, on trouvait qu’on se traînait. Heureusement, il y avait des grains de temps en temps. Finalement, je pense que je me suis ennuyé seulement deux jours sur la totalité du parcours. Il n’y avait personne près de nous. Cornouaille-Solidarité St-Barth était loin derrière, car ils sont vraiment partis très au Sud après leur arrêt pour réparer. On a également souffert aussi de la chaleur. Mais je suis ravi de certains de mes apprentissages. Le routage avec Adrena, la météo, et même celui de la communication. Nous avons aussi appris beaucoup sur les réglages.

AvionUn pilote d’avion n’a pas hésité a salué de très près la performance des deux amis alors qu’ils étaient en approche de Saint-Barthélemy. Photo @ Alexis Courcoux/Transat AG2R La Mondiale
Voilesetvoiliers.com : Le plaisir a été présent, malgré tout ?
M. C. :
Nous sommes partis déjà crevés après notre préparation vraiment limite. On était contents de quitter Concarneau. J’ai eu rapidement très mal au dos. La course était intéressante au début, avec de l’action. On ne faisait que se croiser mais on prenait le temps de converser un peu. Cela nous est arrivé de mettre le pilote pour prendre l’apéro ensemble surtout vers la fin.


Voilesetvoiliers.com : Il y aura une prochaine transat en double ?
P. L. :
Pour ma part, je ne pense pas. C’était un rêve pour un amateur comme moi. C’est surtout bien d’avoir vécu tout cela mais à mon âge, j’ai envie de faire d’autres trucs. Genre marcher dans l’Himalaya avec des moines.

M.C. : Mon objectif à long terme est d’apporter mes compétences de l’aéronautique dans le monde de la voile. J’envisage donc de me professionnaliser. Dans mon boulot, nous ne sommes pas en concurrence avec mes collègues au quotidien. Mais j’aime bien l’esprit de compétition. J’aimerais faire la Transat Jacques Vabre l’année prochaine et participer ensuite à Québec - Saint-Malo.

Voilesetvoiliers.com : Un dernier mot sur l’association que vous avez souhaité soutenir pendant votre escapade ?
M. C. :
Un jour, j’écoute France Inter et j’entends Dounia qui a créé Les Frigos solidaires. J’ai réussi à la contacter et surtout à la convaincre d’être dans l’aventure avec nous. Expliquant que nous allions afficher leurs messages. L’association installe depuis six mois des frigos en libre-service devant des commerces. Les gens dans le besoin peuvent se servir et des particuliers ou des commerçants peuvent y déposer des plats qui seraient jetés autrement. Une quinzaine de cagnottes sont actuellement ouvertes dans les villes pour acheter des frigos. Pour l’instant, il y en a, je crois, onze d’installés en France.


Transat AG2R La Mondiale 2018
Le 15 mai à 11 h 53
 

1. Adrien Hardy/Thomas Ruyant (Agir Recouvrement), arrivée le 11 mai 2018 à 00 h 48’22’’. Temps de course : 18 j 11 h 48'22''. Vitesse moyenne : 8,77 nœuds.
2. Sébastien Simon/Morgan Lagravière (BRETAGNE – CMB PERFORMANCE), arrivée le11 mai 2018 à 01 h 57’40’. Temps de course : 18 j 12 h 57’40’’. Temps de course : 18 j 12 h 57'40''. Vitesse moyenne : 8,74 nœuds.
3. Gildas Mahé/Nicolas Troussel (Breizh Cola), arrivée le 11 mai 2018 à 04 h 36’40’’. Temps de course : 18 j 15 h 36’40’’. Vitesse moyenne : 8,69 nœuds.
4. Pierre Leboucher/Christopher Pratt (Guyot Environnement), arrivée le 11 mai 2018 à 04 h 50’55’’. Temps de course : 18 j 15 h 50’55’’. Vitesse moyenne : 8,69 nœuds.
5. Anthony Marchand/Alexis Loison (GROUPE ROYER – SECOURS POUPLAIRE), arrivée le 11 mai 2018 à 06 h 52’00’’. Temps de course : 18 j 17 h 52’00’’. Vitesse moyenne : 8.65 nœuds.
6. Corentin Douguet/Christian Pontieu (NF HABITAT), arrivée le 11 mai 2018 à 07 h 43’22’’. Temps de course : 18 j 18 h 43’22’’. Vitesse moyenne : 8,63 nœuds.
7. Erwan Tabarly/Thierry Chabagny (Armor Lux – Gedimat), arrivée le 11 mai 2018 à 9 h 30’15’’. Temps de course : 18 j 20 h 30’15’’. Vitesse moyenne : 8,60 nœuds.
8. Eric Péron/Miguel Danet (LE MACARON FRENCH PASTRIES), arrivée le 11 mai 2018 à 13 h 12’25’’. Temps de course : 19 j 00 h 12’25’’. Vitesse moyenne : 8,53 nœuds.
9. Ronan Treussart/Simon Troel (Les perles de St Barth), arrivée le 11 mai 2018 à 18 h 34’03’’. Temps de course : 19 j 05 h 34’03’’. Vitesse moyenne : 8,43 nœuds.
10. Justine Mettraux/Isabelle Joschke (Teamwork.net), arrivée le 11 mai 2018 à 19 h 53’02’’. Temps de course : 19 j 06 h 53’02’’. Vitesse moyenne : 8,40 nœuds.
11. Thomas Dolan/Tanguy Bouroullec (SMURFIT KAPPA – CERFRANCE), arrivée le 11 mai 2018 à 22 h 05’10’’. Temps de course : 19 j 09 h 05’10’’. Vitesse moyenne : 8,36 nœuds.
12. Loïs Berrehar/Erwan Le Draoulec (CONCARNEAU ENTREPRENDRE), arrivée le 11 mai 2018 à 22 h 50’35’’. Temps de course : 19 j 09 h 50’35’’. Vitesse moyenne : 8,35 nœuds.
13. Pierre Rhimbault/Romain Attanasio (BRETAGNE – CMB ESPOIR), arrivée le 11 mai 2018 à 22 h 52’20’’. Temps de course : 19 j 09 h 52’20’’. Vitesse moyenne : 8,35 nœuds.
14. Tanguy Le Turquais/Clarisse Cremer (Everial), arrivée le 12 mai 2018 à 04 h 51’04’’. Temps de course : 19 j 15 h 51’04’’. Vitesse moyenne : 8,24 nœuds.
15. Mathieu Claveau/Pierre Loulier (Les Frigos Solidaires), arrivée le 13 mai 2018 à 22h 03’20’’. Temps de course : 21 j 09 h 03’20’’. Vitesse moyenne : 7,58 nœuds.
16. Guillaume Farsy/Renaud Nicot (CORNOUAILLE-SOLIDARITE ST BARTH), à 57 milles de l’arrivée

Abandons : Martin Le Pape/Yoann Richomme (MACIF) ; Damien Cloarec/Damien Guillou (SAFERAIL) ; Benjamin Dutreux/Frédéric Denis (Sateco-Team Vendée Formation).